Ce monde de folie est-il le vôtre ?
12 Février 2013
Dieu existe-t-il ? Bien plus qu'une simple question sans réponse, cette phrase soulève à elle seule le problème de l'insignifiante présence de l'Humanité dans l'Univers. Quelle direction devons-nous suivre ? Notre vie est-elle dénuée de sens ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que le néant ? Dès lors que ces interrogations vous traversent l'esprit vous n'avez pas d'autres choix que d'y donner une réponse ou de les oublier à jamais.
Je suis bien incapable de les oublier et les laisser orphelines m'est insuportable. J'ai donc entrepris, ces dernières semaines, de leur trouver des réponses. D'abord avec la conviction de pouvoir découvrir LA vérité puis plus humblement dans l'espoir de découvrir MA vérité. Parce que le plus important n'est pas que mes réponses soient vraies mais qu'elles s'inscrivent dans ma logique afin qu'elles me paraissent vraies.
Puisqu'au départ je souhaitais démontrer l'existence ou la non existence de Dieu avec des preuves et une logique irréfutables, j'avais besoin d'une base solide et acceptée de tous. Je me tournais donc vers les théorèmes d'incomplétude de Gödel (voir lien en bas de l'article) dont j'espérais pouvoir tirer une conclusion intéressante.
Voilà quel était mon premier raisonnement :
Considérons une théorie physique T récursivement axiomatisable et basée sur l'arithmétique, capable de nous fournir la description la plus complète possible de notre Univers. Si celle-ci est cohérente, c'est à dire qu'aucune contradiction ne peut être prouvée à partir de ses axiomes, Gödel nous dit que nous pouvons, à partir des éléments de T, formuler au moins un énoncé ni démontrable ni réfutable dans cette théorie. Aussi, la cohérence de T constitue un problème indécidable dans les limites de T.
Nous pouvons donc conclure que depuis l'intérieur de l'Univers il est impossible de formuler une théorie le décrivant de manière exhaustive parce qu'il existera toujours un énoncé indécidable. De plus, la cohérence de notre Univers n'est pas visible à l'intérieur de ses limites.
S'il existe une réalité objective du monde, alors nous devons supposer qu'il existe au moins un point de vue duquel elle est visible (dans la cas contraire, elle ne pourrait être considérée comme existente). Or, nous avons établit que si notre Univers était cohérent, cette cohérence n'était pas visible depuis l'intérieur de celui-ci. Nous pouvons donc conclure qu'il existe quelque chose en dehors de notre Univers. Qu'en est-il de la nature de ce monde extérieur ?
Notre propre Univers est constitué de l'espace, du temps et de la matière. Un élément extérieur à notre Univers ne pourrait donc être consitué de ces éléments (auquel cas nous pourrions immédiatement le rattacher à notre Univers et il ne serait donc qu'un prolongement de celui-ci). La conclusion qui s'impose est donc que cet élément extérieur ne peut être qu'une chose unique et intemporelle, de par l'absence de l'espace-temps à l'extérieur (on peut aussi dire que l'élément n'est pas localisable, c'est à dire qu'il est partout et nulle part à la fois) ainsi qu'immatériel, de par l'absence de matière. Autrement dit, nous venons d'aboutir à l'existence de Dieu. Il s'agit là simplement d'un Dieu créateur qui ne donne pas plus de sens à notre vie mais qui au moins en donne un à l'Univers lui-même.
Malheureusement, ce raisonnement n'est pas sans faille et soulève finalement autant de questions qu'il n'en élimine. Pourquoi Dieu aurait-il créé l'Univers ? Etait-ce un besoin ou une envie ? Si Dieu est la cause de l'Univers, quelle est la cause de Dieu ?
De plus, la grande faille de mon raisonnement est qu'il joue avec le concept de réalité dont nous ne savons absolument rien si ce n'est qu'il est aussi difficile à appréhender que l'existence de Dieu.
L'hypothèse sur laquelle tout le raisonnement repose et dont la véracité semble, à tort, ne pas poser de problème est l'existence d'une réalité objective (Voir plus haut : "S'il existe une réalité objective du monde..."). Aussi, en admettant qu'elle existe, nous ne sommes pas du tout certains qu'elle soit déterminée par des lois physiques et mathématiques. Or c'est justement sur celles-ci (et uniquement sur celles-ci) que les théorèmes d'incomplétude s'appliquent. Tout s'éffondre...
Mon raisonnement ne fait que déporter la question de l'existence de Dieu vers la question de l'existence et de la nature de la réalité, une question tout aussi indécidable. Retour à la case départ.
Ces réflexions me font peu à peu prendre conscience de plusieurs choses.
Tout d'abord, je me faisais de fausses idées sur la science. Je la voyais porteuse de vérité, décrivant avec une précision toujours plus grande les rouages de notre monde. Je la voyais remonter toujours plus haut les ficelles du grand marionnettiste de l'Univers. Je la voyais courir toujours plus vite sur le chemin menant vers LA vérité. Aujourd'hui je sais que ce n'est pas le cas. La science ne fait que longer l'infinie barrière qui la sépare de la vérité. Elle ne fait qu'étudier la forme d'un coffre dont elle ne possède pas la clef.
En effet, les scientifiques élaborent des modèles et des théories décrivant uniquement notre perception de la réalité dans un but purement utilitaire. Voilà ce sur quoi je me trompais. La science n'a pas la prétention de décrire la réalité mais simplement notre réalité. La nature n'obéit à aucune loi, ce sont nos lois qui lui obéissent. Ce n'est pas la pomme qui obéit à la loi de la gravité mais la loi de la gravité qui a été crée pour décrire le comportement de la pomme.
Aussi, la question n'est pas de savoir quand nous pourrons atteindre la réalité absolue ou objective. Nous ne l'atteindrons jamais. Je me trompais en disant que s'il existait une réalité absolue, quelqu'un ou quelque chose devait pouvoir l'observer car comme Kant l'a souligné, la réalité absolue est en soi inaccessible puisque dès qu'il y a observateur il y a relativité.
J'ai commencé cet article avec des questions mais, après plusieurs jours de réflexion, vais-je pouvoir leur donner des réponses ? Même après avoir dû renoncer à certaines de mes convictions, je ne saurais me contenter d'un "Ces questions resteront à jamais sans réponses".
J'ai progressé en découvrant que la science ne pourrait m'aider. Sans dout faut-il à présent se tourner vers la philosophie. Vers Kant, Descartes ou Nietzsche pour trouver l'inspiration et découvrir ma propre vérité. Maintenant je sais au moins que la clef du mystère réside dans le fait qu'il y a autant de clefs que d'esprits dans cet Univers et qu'aucune ne pourra ouvrir le coffre de la vérité.
Théorèmes d'incomplétude de Gödel - Wikipédia
Les théorèmes d'incomplétude de Gödel sont deux théorèmes célèbres de logique mathématique, démontrés par Kurt Gödel en 1931 dans son article Über formal unentscheidbare Sätze der Pri...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8mes_d'incompl%C3%A9tude_de_G%C3%B6del
Le Dieu réel, c'est notre Dieu. Le Dieu des autres est un dieu doctrinal.